Du 17 au 19 novembre 2023 se sont tenues à Augsburg en Bavière la 2ème session du 8ème Congrès fédéral de Die Linke en vue d’adopter le programme pour les élections européennes, puis l’Assemblée des représentant.e.s appelée à établir la liste des candidat.e.s pour le Parlement européen.
Il s’agissait de la première réunion de ces instances depuis le départ du parti de Sarah Wagenknecht et de 9 autres députés et l’annonce de la dissolution du groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag qui prendra effet début décembre.
Cette situation exceptionnelle explique l’importante couverture médiatique dont a fait l’objet ce congrès où les observateurs extérieurs étaient avides de savoir ce qu’il advenait de Die Linke, si le parti allait se déchirer davantage ou s’il serait capable de tenir bon.
Conscients du danger, les coprésidents du parti Martin Schirdewan et Janine Wissler, ainsi que le ministre-président du Land de Thuringe Bodo Ramelow, avaient appelé à l’unité du parti, évoquant tous la nécessité de repartir sur des bases solides, décidées en commun. L’enjeu du congrès était posé d’emblée : la capacité d’un nouveau départ avec un parti au visage renouvelé, avec un nouveau logo, un nouveau slogan (« Zeit für Gerechtigkeit. Zeit für Haltung. » = Le temps de la justice. Le moment de tenir bon) et un nouvel hashtag (#nurmitlinks = uniquement avec la gauche).
Si l’on compare ce congrès avec celui d’il y a cinq ans à Bonn sur le même sujet des européennes, force est de constater que la tonalité des débats a notablement changé. L’heure était au compromis sur la question la plus controversée d’il y a cinq ans : quelle Union européenne pour demain ?
A l’époque s’opposaient vertement les partisans d’une europe fédéraliste et d’une intégration poussée au maximum et les adversaires de l’euro favorables au retour à la souveraineté économique et financière. Rien de tout cela aujourd’hui : il n’y eut aucun débat conflictuel sur les grands thèmes mis en avant dans les 5 chapitres d’un programme d’environ 80 pages : meilleure répartition des richesses pour davantage de justice sociale, réorienter l’économie vers le social et l’écologie, justice climatique, paix et justice sociale dans le monde, davantage de démocratie et moins de lobbies au sein de l’UE. Die Linke propose une révision des traités européens pour répondre aux attentes des peuples. Le programme a été adopté par le congrès à une très large majorité avec très peu de voix contre et d’abstentions.
Le seul débat un peu vif a concerné le conflit Israël-Palestine et la question de l’antisémitisme. On sait que le sujet est particulièrement sensible en Allemagne où aucune ambigüité n’est possible. Alors que certains insistaient sur la nature antisémite de l’attaque du 7 octobre, d’autres appelaient à ne pas justifier la réaction démesurée du pouvoir israélien et à marquer une solidarité sans faille avec le peuple palestinien. Mais là aussi, l’heure était au compromis et non à l’affrontement entre les différents points de vue ; sur proposition de la direction a été adoptée une très longue déclaration analysant le conflit dans tous ses aspects, notamment la violation du droit international et le non-respect des droits élémentaires des individus. La déclaration appelle à un cessez-le-feu immédiat et à la fin du conflit, à la libération des otages et à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme.
Un même souci d’unité, de compromis et d’ouverture s’est retrouvé pour la désignation des candidats, chaque place sur la liste devant faire l’objet d’un vote de l’assemblée des délégué.e.s, avec possibilité de candidatures multiples. Contrairement aux habitudes, la direction du parti avait cette fois fait une proposition de quatre noms pour les quatre premières places :
- deux députés sortants Martin Schirdewan, coprésident de Die Linke et aussi du groupe parlementaire de la Gauche européenne, et Özlem Demirel, militante active sur les questions sociales et la solidarité internationale
- deux nouvelles candidatures issues de la société civile, Carola Rackete, la capitaine du navire humanitaire Sea Watch 3 qui avait forcé le blocus italien en juin 2019 pour sauver des naufragés en Méditerranée, et Gerhard Trabert, connu dans toute l’Allemagne comme le « médecin des pauvres » qui s'occupe depuis des décennies des sans-abri et des réfugiés.
Avec une activiste pro-immigration et pro-climat et un militant humanitaire, avec la reconduction d’une députée d’origine kurde fortement engagée dans les luttes sociales, la liste s’affiche avec une coloration assumée qui la démarque de toutes les autres listes, y compris celle à venir de Sarah Wagenknecht. Ce choix a reçu la validation des délégués de Die Linke qui ont donné de larges majorités aux quatre candidats. La liste complète comportera 20 noms, à parité.
Au terme des trois jours passés à Augsburg, la direction de Die Linke et les délégués montraient une sorte de soulagement, estimant avoir conforté l’image d’un parti non pas sur le déclin mais décidé à repartir de l’avant, sur une ligne véritablement de gauche. Le congrès a voulu envoyer un signal fort tout en sachant que rien n’est gagné d’avance. Les prochaines semaines seront sans doute décisives pour savoir si Die Linke a réussi à se relancer. Les invités étrangers, dont entre autres le président de la Gauche Européenne Walter Baier, le PCF, le PTB belge et le KPÖ autrichien, ont suivi avec attention les travaux d’un congrès important pour l’avenir de toute la gauche en Europe et au sein du Parlement Européen.
Alain Rouy
membre du secteur international du PCF (collectif Europe)