Guillermo Teillier, le président du Parti communiste du Chili (PCCh) vient de décéder. Le mouvement communiste international perd un grand dirigeant. Sa vie se confond avec l’histoire de son parti et celle de son pays, le Chili.
Originaire du sud du Chili où il est né en 1943, il adhère très tôt à la jeunesse communiste avant de rejoindre plus tard le parti communiste. Pendant l’unité populaire et la présidence de Salvador Allende (1970-1973), Guillermo Teillier exerce déjà des responsabilités au sein du PCCh. Quand a lieu le coup d’État en septembre 1973, il est le responsable de la région de Valdivia (à 800 km au Sud de Santiago). Il a 30 ans.
Il est arrêté par les militaires en 1974 alors qu’il se rendait à une réunion clandestine. Il passe six mois dans un centre de torture avant d’être envoyé en camp de concentration. Il est libéré en 1976. L’année 1976 est une année tragique pour le parti communiste. Deux de ses directions nationales successives vont tomber sous les coups des appareils répressifs de la dictature ainsi que la direction des jeunesses communistes. Guillermo Teillier décide malgré tout de poursuivre la lutte au Chili alors qu’il avait la possibilité de s’exiler. Dès 1978, dans la clandestinité, il est appelé à la direction nationale du parti communiste. Celle-ci sera renforcée par le retour clandestin au Chili de Gladys Marin en 1980. Guillermo Teillier sera chargé de la commission militaire du PCCh à partir de 1983 jusqu’en 1987. A ce titre, il participe à la création du Frente Patriótico Manuel Rodriguez (FPMR), le bras armé du PCCh.
Après la chute de la dictature en 1990, il lutte pour la légalisation du parti communiste et participe à la reconstruction du Parti. Il est un des trois députés communistes élus en 2009. Cette élection marque le retour des communistes au Parlement. Plus tard Guillermo Teillier sera réélu sans discontinuité jusqu’à ce qu’il se retire du Parlement en 2022. En 2006, il succédera à Gladys Marin comme président du PCCh après en avoir été secrétaire général depuis 2002. Il joue un rôle de premier plan dans les chemins unitaires qui amèneront le centre gauche à la présidence du Chili avec Michelle Bachelet d’abord puis avec Gabriel Boric aujourd’hui. Les communistes seront présents dans leurs différents gouvernements.
L’explosion sociale d’octobre 2019 a contribué à renforcer et à transformer le parti communiste. Guillermo Teillier a été un acteur décisif dans ces transformations. En particulier il a su accompagner le renouvellement et le rajeunissement des directions du parti communiste. Il a ainsi poussé la jeune génération aux plus hautes responsabilités. Actuellement, la génération qui n’a pas connu la dictature est très présente au sein de la direction du PCCh. De la même façon, il a accompagné la féminisation du parti communiste et l’évolution de ses positions vers un féminisme revendiqué. On a vu ainsi Camila Vallejo, Karol Cariola, Irací Hassler et beaucoup d’autres entrer au comité central.
Les communistes, dans les situations complexes qu’ont traversé le Chili et le parti communiste depuis 1990, ont pu avoir des positions divergentes. Une qualité importante de Guillermo Teillier est d’avoir toujours contribué à rassembler les communistes malgré leurs différences. Guillermo Teillier laisse un parti renforcé, rajeuni et féminisé, en ordre de marche. C’est un homme qui disait toujours « nous » avant de dire « je ».
Le président Boric, très conscient de l’importance qu’a représenté Guillermo Teillier au sein de la gauche chilienne, a décrété deux jours de deuil national en sa mémoire. Il est significatif que le président Boric comme l’ancienne présidente Bachelet aient tous deux participé à des gardes d’honneur autour du cercueil qui avait été installé dans l’enceinte de l’ancien Congrès à Santiago. Des dizaines de milliers de Chiliens l’ont accompagné jusqu’au cimetière général à Recoleta.