Mettre fin à la politique du « deux poids, deux mesures »

Publié le 19 janvier 2024

La grand’messe médiatique d’Emmanuel Macron le mardi 16 janvier est révélatrice des orientations que le président de la République souhaite donner à la politique étrangère de la France. En un mot : elles sont désastreuses car elles s’inscrivent dans un funeste « deux poids, deux mesures ». 

Non seulement cela décrédibilise et banalise notre pays à l’échelle internationale en l’enfermant dans une politique de blocs, mais encore participe d’une vision globale du monde teintée d’impérialisme. Cela fait fi et méprise souverainement les exigences d’un autre ordre du monde qui émanent des peuples. C’est une impasse dangereuse car cela nourrit l’engrenage des tensions.

On y décèle certes des contradictions. La décision de ne pas participer à l’opération américano-britannique, en réalité menée sous égide de Washington, contre les Houthis va évidemment dans le bon sens. Cette opération militaire, sans mandat de l’ONU, est unilatérale et viole les règles du droit international. Elle aggrave les lourds dangers d’engrenage militaire incontrôlé dans la région. De même, le recentrage relatif de la position française ces dernières semaines sur la tragédie humaine à Gaza provoquée par l’offensive israélienne ouvre de nouvelles brèches.

Mais au-delà des discours, quels sont les actes ?

En Ukraine, le président annonce un déplacement à Kiev en février, assorti de la signature d’un accord bilatéral de garantie de sécurité. Cela signifie en réalité l’alignement de la politique française sur celle de Londres, dont le gouvernement ultra-conservateur de Rishi Sunak vient d’annoncer exactement la même chose. Que ce traité va-t-il contenir exactement ? Le texte britannique, d’après la presse, ne contient pas réellement de mesures nouvelles allant au-delà de ce qui est déjà fait. Mais l’essentiel n’est pas là : il s’agit d’une démarche politique arrimant la France à une nouvelle escalade des tensions.

Jusqu’à quand va se poursuivre cette guerre dont on voit tous les jours les désastres qu’elle provoque sur les villes ukrainiennes et, désormais, sur les villes russes ? La France devrait être en position de porter une offre politique et diplomatique, sur la base des propositions concrètes déjà sur la table qu’il convient d’examiner en détail. Non pas pour geler les positions mais pour parvenir à un règlement politique assurant la souveraineté de l’Ukraine et la sécurité collective des peuples ukrainien et russe, et au-delà de l’ensemble des peuples de la région. La neutralité de l’Ukraine dans un cadre onusien de garanties internationales et d’une refondation complète de la sécurité collective européenne, c’est-à-dire indépendante de l’OTAN, est la seule perspective solide pour résoudre les tensions à leur racine.

A Gaza, alors que les massacres de masse commis par l’armée israélienne se poursuivent, les appels à un cessez-le-feu pérorés par Emmanuel Macron ne sont assortis d’aucune mesure concrète, ni d’aucune pression sur le gouvernement de l’État d’Israël pour mettre fin aux combats d’une manière définitive et immédiate.

Or, il y a urgence. Ne pas y répondre, c’est accompagner les crimes de guerre et s’en faire de fait le complice. La plainte de l’Afrique du Sud devant la Cour de Justice Internationale permet de s’appuyer sur une exigence : que soient prises des « mesures conservatoires », en d’autres termes un cessez-le-feu immédiat et permanent. Ce sont des mesures concrètes. Pour contraindre le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou, la France peut et doit exiger de l’Union Européenne la suspension de l’accord d’association UE-Israël, comme le permet d’ailleurs son article 2 qui conditionne son application au respect des droits humains. Par ailleurs, la France peut réunir une coalition internationale de paix pour faire pression sur le gouvernement de l’État d’Israël. Proposer la tenue dans les meilleurs délais d’une conférence internationale de paix, afin de mettre un coup d’arrêt durable de cette guerre effroyable, qui ensanglante toute une région, au moyen d’une solution à deux États sur la base des résolutions des Nations unies. Il y a un précédent : la conférence réunie en 2000 à Paris pour le Proche-Orient.

Ce sont autant d’actes concrets que la France peut et doit opérer à très court terme, pour agir pour la paix, la sécurité collective et les droits des peuples. C’est ainsi qu’elle recouvrera un rôle international.

Comme l’a proposé Fabien Roussel lors de ses vœux le lundi 15 janvier, la France doit mettre à profit la commémoration des 80 ans du débarquement de Normandie pour réunir une conférence internationale de paix. Ce serait une initiative à hauteur de la gravité de la situation internationale.