Il y a, ces temps-ci, un mot qui est très à la mode dans la presse économique dominante, c’est le mot « paradoxe ». On y parle en effet de grands groupes qui se gavent, de bourses qui s’éclatent, de profits qui prospèrent, d’actionnaires qui se goinfrent. Puis on ajoute que l’économie va mal, que le pouvoir d’achat se tasse, des usines ferment, la pauvreté s’installe. Et le plus souvent, donc, cette presse ajoute: quel paradoxe ! Point final. Comme si cette contradiction relevait du pur mystère, comme si on était, nous pauvres pékins, face à une donnée inaccessible. Pourtant, si l’on poussait au bout le fameux paradoxe, on pourrait dire : pour que la finance prospère à ce point, c’est qu’il a fallu que l’économie en général s’appauvrisse. C’est l’hyper-exploitation des uns qui a garanti l’hyper-enrichissement des autres. Le paradoxe exprime en fait un accroissement phénoménal des inégalités de classe. Mais ces mots sont tabous dans cette presse-là.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1086 du 13 mai 2026.