Rapport Alloncle : une déclaration de guerre contre l'audiovisuel public

Publié le 06 mai 2026

À une année de l’élection présidentielle, le rapport de la Commission parlementaire sur l’audiovisuel public, dirigée à charge par le député ciottiste Charles Alloncle (UDR), vient à point nommé donner des armes à l’extrême droite pour tenter d’abattre le service public en vue d’une reprise en main idéologique.

Le rapport de la Commission d’enquête sur « la neutralité, le financement et le fonctionnement de l’audiovisuel public » a été voté par 12 voix contre 10 et huit abstentions, avec la complicité du président de la Commission Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), le parti d’Édouard Philippe, ancien premier ministre et désormais candidat à la présidentielle.

Suite aux 63 auditions durant les six mois d’enquête qu’a duré cette Commission initiée par Éric Ciotti, ancien LR, devenu l’homme lige du Rassemblement national (RN), il en est ressorti quelque 80 préconisations du député de l’Hérault visant à inoculer le poison de la dérégulation au sein du service public accusé de tous les maux et in fine à liquider le triptyque républicain « informer, cultiver divertir », hérité du Conseil national de la Résistance (CNR).

Un rapport qui ne peut que sourire au président du RN Jordan Bardella qui, sur X, a affirmé toute honte bue qu’»en démocratie le peuple français a le droit d’être informé avec transparence sur l’usage qui est fait de son argent». Satisfaction aussi pour la fachosphère et en premier lieu pour l’ultralibéral milliardaire Vincent Bolloré qui, devant la Commission, n’a eu de cesse de clouer au pilori les médias publics et leur financement.

Les révélations du Monde sur les pressions du groupe Lagardère, contrôlé par l’« ogre » Bolloré, sur la Commission afin de stigmatiser les médias publics et leurs salariés et ainsi conforter l’opération de déstabilisation de la télévision et de la radio publiques, but implicite du rapport Alloncle. « Que faut-il de plus pour prouver l’ingérence dans cette commission d’enquête des ennemis jurés de l’audiovisuel public ? », dénoncent les syndicats CGT de l’audiovisuel public.

Pour aller au bout de sa mission, le rapporteur propose sans ambages de pratiquer une véritable saignée à la hache afin de réduire d’un quart (1 milliard d’euros) le budget de l’AVP grâce à l’arme de la fusion : France 2 et France 5, France Info et France 24, France 3 et les radios locales du réseau ICI de Radio France, l’INA et la BNF, etc.

Et cerise sur le gâteau de ce mille feuilles vénéneux : le rapporteur préconise que les dirigeants du service public soient nommés par l’Élysée, préfigurant une reprise en main politique et idéologique - sinon une privatisation qui ne dit pas son nom. Des options gravissimes dans une société polarisée comme l’est l’Hexagone, alors que le service public de l’audiovisuel - accessible à tous et plébiscité par les Français - constitue un rempart face aux chaines d’opinion comme CNews. Ce média de la galaxie Bolloré foule aux pieds le pluralisme d’opinion, se comportant en porte-voix de la droite extrême qui rêve de conquérir le pouvoir en instrumentalisant radio et télévision.

« L’extrême droite a mené un travail de sape minutieux de la confiance que les Français·es ont dans leur audiovisuel public : il s’agit d’une véritable guerre culturelle à laquelle nous devons faire face », accuse la CGT de l’audiovisuel dans son communiqué stigmatisant la droite extrême qui « a marqué un point précieux dans sa bataille idéologique contre le service public, à un an de l’élection présidentielle, avec le concours de parlementaires. »

Ce coup de tonnerre dans le PAF ne survient pas dans un ciel médiatique serein. De l’AFP, à la presse régionale, en passant par la presse magazine - dont le groupe Prisma, propriété de Bolloré -, les plans sociaux tombent comme à Gravelotte, entrainant des centaines de suppressions d’emplois de journalistes, et autant de coups portés à l’information, donc à la démocratie. Les chercheurs ont montré que le recul en région de la couverture médiatique profite à l’abstention dans les périodes électorales et à la progression du RN. Sans oublier le secteur de l’édition où le milliardaire ultraconservateur breton a opéré un coup de force chez Grasset en débarquant manu militari l’éditeur Olivier Nora. Et ainsi imprimer la marque d’un trumpisme à la française, comme il l’a fait chez Fayard, privilégiant la diffusion des ouvrages des Bardella, Sarkozy ou De Villiers.

Face à ce maccarthysme rampant, les communistes se doivent de relever le défi et de rassembler les forces pour contrer cette bataille idéologique que veulent imposer les droites extrêmes. Cela doit passer par la défense du service public, en inscrivant dans la Constitution un droit à l’information et à l’existence d’un Audiovisuel public comme faisant partie de l’intérêt général. Garantir son financement suite aux coups de rabot des macronistes (-160 millions) et de l’enterrement de la redevance décidé par l’Élysée. Et devant l’impéritie de l’Arcom, il est grand temps d’appeler à la suspension de CNews, une chaîne d’opinion de la fachosphère. Comme il est urgent de légiférer pour mettre un terme aux concentrations des médias.

Patrick Kamenka

Article publié dans CommunisteS, numéro 1085 du 6 mai 2026.