La marche des fiertés n’est pas une parade dépolitisée. Elle est une mobilisation revendicative, née de la contestation et de la résistance. Elle rappelle que les droits acquis – dépénalisation de l’homosexualité, mariage pour tous, reconnaissance des identités de genre – sont le fruit de luttes collectives, souvent menées contre des institutions hostiles. Rien n’a jamais été accordé spontanément et, aujourd’hui encore, ces conquêtes demeurent fragiles, attaquées ou remises en cause dans de nombreux pays, y compris au cœur de l’Europe.
Chaque année, le mois de juin est celui des fiertés LGBTQIA+. Héritier direct des émeutes de Stonewall de 1969, il est bien plus qu’une célébration : il est un temps de mémoire, de revendication et de mobilisation. Les marches des fiertés, organisées dans de nombreuses villes, rassemblent des milliers de personnes pour défendre l’égalité des droits, dénoncer les discriminations et affirmer la légitimité de toutes les identités et orientations.
Dans ce contexte, la progression de l’extrême droite constitue une menace directe. Portée par des discours réactionnaires, elle désigne régulièrement les personnes LGBTQIA+ comme des boucs émissaires, au nom d’un prétendu « ordre naturel » ou d’une vision étriquée de la famille. Mais ces offensives ne se limitent pas aux discours. Elles se traduisent aussi par des choix politiques : réduction des financements des associations, remise en cause de l’éducation à la vie affective et à la diversité, banalisation des propos discriminatoires ou encore complaisance face aux violences. Face à ces attaques, les forces progressistes et le mouvement ouvrier doivent pleinement inscrire la lutte contre les LGBTQIAphobies dans leur combat pour la justice sociale.
Car les combats pour l’émancipation sont indissociables. Lutter contre l’exploitation économique tout en fermant les yeux sur les oppressions liées au genre ou à l’orientation sexuelle reviendrait à diviser le camp social. À l’inverse, il est indispensable d’unir ces combats et de construire des solidarités concrètes entre toutes les travailleuses et tous les travailleurs, quelles que soient leurs identités ou leurs orientations. Alors que des personnes LGBTQIA+ continuent d’être victimes de violences, parfois jusqu’à la mort, comme l’a tragiquement rappelé le meurtre de Noham, l’urgence de cette convergence des luttes ne peut être ignorée. L’égalité réelle ne pourra être atteinte sans combattre toutes les formes de domination.
Les marches des fiertés demeurent ainsi des moments essentiels de visibilité, de solidarité et d’unité populaire. Leur report à Paris Île-de-France, décidé à la veille de l’événement en raison de la canicule, met également en lumière l’impréparation persistante des pouvoirs publics face à des phénomènes climatiques pourtant de plus en plus prévisibles.
Ces épisodes extrêmes exigent de l’anticipation et des moyens afin de garantir à la fois la sécurité des participantes et participants et l’exercice du droit fondamental de manifester. Leur mauvaise gestion révèle une difficulté persistante à répondre simultanément aux urgences sociale, démocratique et écologique.
Mais cela ne doit rien freiner. Face aux offensives réactionnaires et aux violences qui perdurent, nous n’avons pas le luxe du recul. Les droits des personnes LGBTQIA+ ne sont ni définitivement acquis ni négociables. Plus que jamais, c’est en faisant converger les luttes contre toutes les formes d’exploitation, de domination et d’oppression que nous pourrons construire une société réellement égalitaire. Faire front ensemble n’est pas seulement une nécessité morale : c’est une exigence politique.
Fier·es, queer et révolutionnaires.
Anouk Veyret
Article publié dans CommunisteS, numéro 1093 du 1er juillet 2026