Urgence de la reconnaissance de l’Etat de Palestine pour une solution à deux Etats

Publié le 09 novembre 2023

Rien ne justifie les crimes de guerre et les massacres de masse commis contre la population civile palestinienne de Gaza par l’armée et le gouvernement de l’État d’Israël, qui provoquent un effondrement humanitaire dénoncé par l’ONU, ses agences, et les organisations internationales humanitaires.

Les crimes que représentent les actions terroristes du Hamas le 7 octobre contre la population civile israélienne sont indélébiles et imprescriptibles. Ils ne justifient en rien une vengeance aveugle. Les responsables israéliens devront répondre de leurs actes devant la Cour pénale internationale, tout comme ceux du Hamas.

Il est urgent de stopper l’engrenage, dans lequel s’engouffrent des dirigeants de puissances régionales ou internationales, qui n’ont cure des droits nationaux légitimes du peuple palestinien. C’est ainsi que le discours du président turc Erdogan lors des cérémonies du centenaire de la république turque le 28 octobre dernier a brandi « l’argument » religieux. Le danger et les pressions sont grandes pour transformer le conflit en guerre de religion, en un « choc de civilisations ». C’est aussi la logique du Hamas qui n’a absolument rien d’un mouvement de libération nationale. C’est à l’opposé des revendications du mouvement national palestinien, qui s’est structuré autour d’exigences politiques. C’est ainsi qu’il a pu gagner sa voix propre, aujourd’hui menacée, face aux gouvernements de la région. A l’inverse, cette logique terrible de dévoiement sur des bases religieuses est également entretenue par le gouvernement d’extrême droite de B. Netanyahou qui contient des éléments messianiques et suprémacistes.

La bataille politique à mener est donc d’un enjeu très élevé : celle de maintenir l’exigence d’une solution politique et diplomatique, d’une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, comme l’exigent les résolutions de l’ONU, et notamment les résolutions 242 du 22 novembre 1967 et 338 du 22 octobre 1973, qui doivent être appliquées. Il n’y aura pas de paix dans la justice sans une solution à deux États, vivant chacun en sécurité. Cette solution est la seule possible. Les exemples passés du Sinaï et de Gaza montrent que les colonies peuvent être démantelées. Quelle serait d’ailleurs l’alternative aujourd’hui à une solution à deux États ? La coexistence future suppose un long processus de réconciliation, ce qui exige que le peuple palestinien, nié dans ses droits, puisse exercer sa souveraineté dans un cadre propre : c’est-à-dire sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. Le 29 novembre 2022, à l’occasion de la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le secrétaire général de l’ONU avait justement rappelé que : « La position des Nations Unies est claire, la paix doit progresser – l'occupation doit prendre fin. Nous sommes fermement déterminés à concrétiser la vision de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité, avec Jérusalem comme capitale des deux États ».

Cette solution à deux États passe par une première étape, que la France peut appliquer dès maintenant : la reconnaissance de l’État de Palestine, comme le demande une résolution de l’Assemblée nationale de décembre 2014, confirmée d’ailleurs par le Parlement européen quelques jours plus tard. 130 États l’ont déjà fait. La France ne s’isolerait donc pas en agissant de la sorte, mais rejoindrait un mouvement majoritaire dans le monde. L’État de Palestine est d’ailleurs déjà membre de la CPI et de l’UNESCO et reconnu comme membre observateur de l’ONU. Cette reconnaissance donnerait de la force à une solution politique. Il est de la responsabilité du gouvernement français de l’entendre.

Ce dernier a fait un premier pas, en votant le 27 octobre la résolution de l’ONU, contre la décision des États-Unis de s’y opposer et de celui de plusieurs états membres de l’UE de s’abstenir. C’est un premier pas qui doivent en appeler d’autres, concrets : une action diplomatique de la France, pour un cessez-le-feu immédiat, et non pas seulement une trêve humanitaire, pour la libération des otages, pour la cessation de la coopération militaire et la suspension de l’accord d’association UE-Israël tant que le gouvernement israélien ne se conforme pas au droit international, pour l’application des résolutions de l’ONU et la reconnaissance de l’État de Palestine.

Il y a urgence !

Vincent Boulet
membre de l'exécutif national chargé des relations internationales

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